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Les nouvelles orientations d’Audrey Azoulay

1970
1945
Actualité juive 25 May 2016
Par Sandrine Szwarc

 « Et si vous me demandiez pourquoi il a fallu attendre 70 ans pour agir ainsi,je vous dirais que je n’ai aucune réponse satisfaisante» (DR)

Lors de la remise du Degas le 9 mai dernier, la nouvelle ministre de la Culture et de la Communication a précisé les nouvelles orientations données à la politique de restitution des œuvres d’art spoliées aux Juifs pendant la guerre. Nécessaires mais tardives…

Quand une œuvre spoliée par les nazis est remise à son propriétaire légitime, l’on se dit, certes, que l’histoire finit bien mais que, néanmoins, elle ne doit pas faire oublier qu’il reste encore aujourd’hui un peu plus de 2000 œuvres conservées par la Direction des musées de France dans l'attente de leur restitution.
Audrey Azoulay, ministre de la Culture et de la Communication, n’a pas hésité à souligner les failles de la politique française lors du discours qu’elle a prononcé lors de la restitution du dessin d’Edgar Degas aux ayants droit de Maurice Dreyfus : « Cette fois, pour des raisons que nous devinons malheureusement – inertie – confusion, négligence des services français –, le lien n’est pas établi avec Maurice Dreyfus, qui avait pourtant fait une demande de restitution en 1947. » Et d’ajouter avant d’annoncer la mise en place d’une nouvelle procédure que l’on n’attendait plus : « Après que les spoliations ont été mises au jour et la nécessité des réparations reconnues, alors que les témoins disparaissent, la réalité matérielle, juridique et économique des restitutions constitue l'unique reste et, en définitive, prolonge l’interrogation spirituelle à propos de la Shoah. »

Face à la disparition des témoins directs et au faible nombre de requêtes, le ministère de la Culture et de la Communication a décidé, sans attendre vainement que les ayants droit se manifestent, d’identifier le propriétaire des œuvres MNR au moment de leur spoliation. Des généalogistes ont ainsi été chargés de réaliser les recherches nécessaires pour retrouver les héritiers des quelque 2000 œuvres encore en déshérence.

Par ailleurs, d’autres actions de recherche, d’information et de sensibilisation seront accomplies. D’abord, la connaissance des sources et de l’histoire des œuvres entre 1933 et 1945 sera approfondie. Ensuite, les cartels des musées devront être explicites sur l’origine des œuvres MNR, tout comme les catalogues, les guides, les sites Internet ou tout autre support pédagogique. Par ailleurs, l’Ecole du Louvre ou l’Institut national du patrimoine devront poursuivre leurs efforts de sensibilisation du public au sujet des spoliations et de la provenance des collections.

Une nouvelle procédure

Une question ne manque pas de brûler nos lèvres et d’interpeller nos consciences : pourquoi de telles démarches n’ont-elles pas été entreprises plus tôt ? La réponse qui reste sans réponse a aussi taraudé la ministre de la Culture : « Et si vous me demandiez pourquoi il a fallu attendre la mort des survivants, attendre 70 ans après la fin de la guerre pour agir ainsi, je vous dirais que je n’ai aucune réponse satisfaisante. Tardivement donc mais avec une forte volonté politique, nous nous sommes mis en mouvement pour rattraper ce temps perdu ».

Devant cette inertie, un bref retour historique s’impose. Depuis 1951, date de mise en dépôt dans les musées de France de ces œuvres dites MNR, le rythme des restitutions a varié, selon les périodes et la considération portée au dossier. Il faut savoir que ces biens spoliés aux Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale ont été placés sous l’égide du directeur des archives du ministre des Affaires étrangères et du Développement international, le Quai d’Orsay, dès la fin de la guerre. Ainsi, de 1951 à aujourd’hui, seulement 105 œuvres « MNR » ont été restituées. Le plus important reste encore à entreprendre mais n’est-il pas déjà trop tard ?

http://www.actuj.com/2016-05/france/3568-les-nouvelles-orientations-d-audrey-azoulay
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