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Les trésors du clan Gurlitt. Le musée de Linz enquête sur les origines de sa collection - Treasures of the Gurlitt clan: The Linz Museum explores the origins of its collection

1970
1945
La Voix de la Russie 29 November 2013

 Le clan des marchands d’art Gurlitt s’est retrouvé au centre d’un scandale lorsqu’on a appris qu’une confiscation par les autorités de la Bavière de la collection de Hildebrand Gurlitt a eu lieu. Ce grand marchand d'art a reçu la collection de son père.

Au cours de la période nazie, Hildebrand vendait des objets d’« art dégénéré » et sélectionnait à Linz des œuvres d’art qui correspondent à « l’esprit arien » et les goûts de Hitler. Ces œuvres étaient destinées au Führermuseum (musée du Führer) à Linz. Son cousin Wolfgang s’occupait de la même activité, mais moins activement. Cela fait longtemps que les deux collectionneurs ne sont plus en vie. La collection de Wolfgang Gurlitt est à la base de la collection du musée Lentos à Linz. Quant à celle d’Hildebrand, le grand public ne peut la voir que partiellement. Stella Rolling, le directeur artistique de Lentos explique dans un entretien accordé à La Voix de la Russie comment détermine-t-on les origines des tableaux de cette collection.

Stella Rolling : Wolfgang Gurlitt s’occupait de la vente des œuvres d’art à l’époque du national-socialisme. C’est pourquoi il nous faut déterminer avec précision la provenance des œuvres de sa collection pour savoir lesquels d'entre eux furent saisis de force, et quels sont les tableaux que nous devrions restituer à leurs propriétaires.

La Voix de la Russie : Des rumeurs couraient que Wolfgang Gurlitt était liée au commerce d’ « art dégénéré », et fut également associé au projet du Führermuseum à Linz. Ces rumeurs, sont-elles fondées ?

S.R. : Ce ne sont pas juste des rumeurs. Cela fait en réalité partie de l’histoire, des faits réels. Wolfgang Gurlitt n'était pas un nazi dans un sens idéologique, il n'était pas membre du parti. Il s’occupait de sa profession de marchand d'art. À ce jour, nous avons établi que dix œuvres de notre collection furent confisquées. Il les a reçus des propriétaires juifs, les forçant à lui vendre ces tableaux. Nous avons restitué ces dix œuvres à leurs anciens propriétaires. Le tableau le plus célèbre que nous avons rendu en 2009, c’est le portrait de Maria Monk peint par Gustav Klimt et le tableau d’Egon Schiele Ville morte. Six autres tableaux d’Anton Romako sont restés au musée Lentos à notre grande joie. C’est la propriétaire actuelle qui nous les a remis pour conservation. Dans le cas de l'un des tableaux de Wilhelm Trübner, nous avons trouvé un compromis avec les héritiers et réglé la question par des moyens financiers.

LVdlR : Wolfgang Gurllitt était originaire d'une dynastie des marchands d'art. Il était un cousin de Hildebrand Gurlitt, et on parle beaucoup actuellement du fils de Hilderbrand, Cornelius Gurlitt. Que pense-t-on de l’histoire de la collection de Cornelius Gurlitt dans les milieux professionnels ?

S.R. : Il faut définir ce qu’on peut considérer comme un objet d’art confisqué. On ne peut pas faire de jugements prématurés, par rapport au cas de Cornelius Gurlitt. Ce dernier n’a rien fait d’illégitime. Il a hérité de la collection et selon les lois allemandes, il ne doit rien rendre. Toutefois, une petite partie de sa collection peut être provisoirement considérée comme confisquée. Je pense que si la restitution est justifiée, elle doit nécessairement être effectuée, telle est ma conviction. Mais Cornelius Gurlitt a été rapidement condamné et diabolisé par les médias, et ce n’est pas juste. Désormais, quelques semaines après le début de cette histoire, elle semble différente.

LVdlR : Y a-t-il des raisons de croire que d’autres collections semblables seraient à la disposition de la famille Gurlitt ?

S.R. : On ne peut pas l’exclure. Wolfgang Gurlitt a une fille. Nous ne savons pas ce qu’elle possède. Et personne ne peut le savoir. Nous ne pouvons pas exclure qu’elle ait pu hériter quelque chose de son père. Il y a d'autres membres de la famille, je ne les connais pas tous. Je sais qu’un des membres de la famille se trouve à Barcelone et il s’est déjà exprimé à ce sujet. Un autre membre de la famille se trouve à Wurtzburg. Il nous a cédé ses tableaux parce qu’il ne voulait pas les garder chez lui. Rien n’est encore terminé.

LVdlR : Avez-vous des requêtes qui viennent de l’étranger ? Par exemple de la Pologne, de la Russie, de la France ou d’autres pays ?

S.R. : Oui, nous recevons des requêtes. Certains demandeurs sont représentés par des avocats de Berlin, d'autres – par des avocats autrichiens. Mais nous n’avons reçu aucune demande de restitution des trésors artistiques d'autres pays européens ou des Etats-Unis.

LVdlR : En revenant à Cornelius Gurlitt et sa collection. Nombreux sont ceux qui expriment leur obligation par rapport aux autorités allemandes pour qu’elles publient une liste complète des œuvres de sa collection. Soutenez-vous cette idée ?

S.R. : Non, je ne la trouve pas très juste. Nous ne pouvons pas opposer à une injustice une autre injustice. C'est une collection privée. Et les spécialistes de qui étudient la provenance des œuvres d’art devraient avoir la possibilité de comprendre calmement quelles furent les œuvres qui ont été confisquées. Ensuite, nous pourrions discuter avec Monsieur Gurlitt de ce qu’il voudrait faire avec ces tableaux. D’autres tableaux sont une propriété privée, et les propriétaires ne voudraient certainement pas qu’on dresse la liste détaillée de leurs possessions dans la presse.


http://french.ruvr.ru/2013_11_29/Les-tresors-du-clan-Gurlitt-Le-musee-de-Linz-enquete-sur-les-origines-de-sa-collection-3192/
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