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Le Prado restitue des oeuvres spoliées pendant la guerre civile

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Radio France 3 November 2022

Le musée du Prado à Madrid restitue à leur propriétaire les œuvres spoliées pendant le franquisme. Pierre Noual, avocat et historien de l'art, fait un point sur les différentes restitutions en cours et leurs significations.

Le Prado, un des musées les plus importants du monde, souhaite établir une liste d’œuvres d’art spoliées pendant la guerre civile afin de savoir précisément quelles sont les œuvres qui ont été saisies entre 1936 et 1975. Une première liste de 25 œuvres puis de 62 pièces vient d’être rendue publique, œuvres confisquées par le régime franquiste : on y trouve par exemple une toile de François Boucher ou un paysage de Brueghel le jeune. Pour retrouver leurs propriétaires, Le Prado a constitué une équipe de chercheurs pour plonger dans les archives et tenter de reconstruire le périple de ces œuvres. Au micro de Marie Sorbier, Pierre Noual nous explique la signification de ces restitutions en cours.

Connaître l'origine des oeuvres

Si l'on accorde de plus en plus d'importance à la question de la restitution des œuvres d'art, ce sujet traverse même les discours des Présidents de la République. Ce sujet, ô combien délicat et politique, fait à présent partie intégrante de la vie d'un musée : on porte un regard de plus en plus attentif à l'origine des œuvres, et cela suscite une véritable réflexion sur leurs trajectoires, leurs circulations, leurs histoires en somme.

"L'acte de restituer n'est pas un acte anodin, il s'agit de les faire sortir de ce qu'on appelle l'inaliénabilité du domaine public qui fait qu'une œuvre aujourd'hui détenue par l'Etat ne peut pas être rendue facilement." Pierre Noual

Pour restituer une œuvre d'art, il faut donc systématiquement passer par un filtre juridique qui soulève beaucoup de débats et de questions logistiques.

La restitution d'œuvres d'art, un sujet mémoriel

La question juridique est aujourd'hui au cœur du sujet des restitutions. Des politiques français, tels que Nicolas Sarkozy et François Hollande, se sont régulièrement opposés aux demandes de restitution formulées de la part des pays africains en brandissant le principe cardinal de l'inaliénabilité. Toutefois, aujourd'hui, la question dépasse la simple sphère juridique puisqu'elle touche aussi à des questions philosophiques et symboliques.

"La restitution engage une réflexion beaucoup plus profonde sur l'histoire, la mémoire et la formation du patrimoine culturel. Le droit permet de formaliser cette institution, mais au-delà, c'est un vrai débat de société." Pierre Noual

Comprendre nos œuvres est effectivement la clé de voûte pour appréhender la constitution de notre patrimoine culturel autrement que par le prisme de la notion de musée universel, issue directement des Lumières. Pierre Noual ne croit d'ailleurs pas au concept de musée universel, qu’il juge aujourd'hui suranné.

Penser une politique de la restitution

Si les propositions de lois deviennent légions à ce sujet, c'est grâce au rapport rédigé par les universitaires Bénédicte Savoy et Felwine Sarr sur le patrimoine africain. Ce mouvement de restitution peut prendre des formes très différentes et il résulte aussi d'histoires différentes. La restitution actuellement en cours au Prado se passe par exemple au sein même de leurs frontières, ce qui est assez singulier.

"J'aime beaucoup employer, outre le mot restitution, ce terme trouvé par l'historienne de l'art Bénédicte Savoie qui nous parle de translocation patrimoniale." Pierre Noual

Aujourd'hui, on estime qu'il existe trois types de restitution : d'une part les biens culturels, issus du trafic des fouilles illicites, d'autre part ceux qui ont permis la constitution des collections des grands musées occidentaux au 19ᵉ et au 20e siècle ; et enfin le régime particulier des spoliations. La France, qui a autrefois été un fer de lance dans ce domaine, est relativement en retard par rapport à la Belgique, souligne Pierre Noual.

 

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