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La razzia des grandes collections juives

1970
1945
Actualité juive 23 May 2016
Par Catherine Garson

Parmi les quelque deux cents collections d’œuvres d’art volées par les nazis, une grande partie d’entre elles appartiennent à des juifs. Quelques exemples.



Hitler et Goering contemplant un tableau volé à des déportés juifs ou à des musées en territoires occupés.

Impossible de les citer tous. De David-Weill aux Dreyfuss, de Paul Rosenberg à Jacques Goudstikker, d’Alphonse Schloss à Alphonse Kann, de Cassirer à Richard Neumann, de Federico Gentili di Giuseppe aux familles Halphen, Kalmann, Kalmann-Lévy, Kraemer, Mayer, Merzbach sans oublier, bien entendu, les divers Rothschild (et la liste est loin d’être exhaustive), tous, collectionneurs ou galeristes, ont vu les œuvres qu’ils possédaient être pillées par les nazis.

Beaucoup d’entre elles proviennent de France comme le révèlent les inventaires officiels nazis des spoliations dans l’Hexagone. Qui parlent, pour la collection Rothschild, de 5 000 pièces, pour celle de David-Weill de 700 pièces, pour celle de Schloss de 330 tableaux flamands et hollandais ou pour celle de Paul Rosenberg de 300 à 400 tableaux. Mais, les rapines ont aussi lieu ailleurs : en Autriche, en Hongrie, en Allemagne…

Pour mieux comprendre ce processus « d’appropriation », regardons de plus près trois histoires révélatrices. Commençons par la collection des Rothschild (du moins la branche française) qui comprend des toiles de Vermeer, Velasquez, Rembrandt, Goya, Rubens. Au début de la guerre, craignant les bombardements, les frères Rothschild déménagent leurs objets d'art, les dispersent en province et confient une partie de la collection au Louvre en la faisant passer pour une donation.

Dès l'automne 1940, l'ERR (l’état-major spécial pour les territoires occupés) envoie ses hommes fouiller dans les châteaux, les dépôts en province, les coffres des banques. Ils retrouvent les objets d'art appartenant aux Rothschild et les saisissent avant Vichy. Le 3 février 1941, le butin est envoyé en Allemagne dans le train personnel du Reichsmarshall Goering. Soit dix-neuf caisses marquées « H » pour le Führer, vingt-trois caisses « G » pour Goering. Parmi les toiles volées figure l'astronome, le célèbre tableau de Vermeer, qui est restitué à son propriétaire, Édouard de Rothschild, en 1945. Il sera cédé, par la suite, à l'État français afin de régler des droits de succession.

Vingt trois caisses pour Goering

Avant la guerre, le galeriste Paul Rosenberg (né à Paris en 1881 d’un père marchand d’art) construit, quant à lui, des relations avec Picasso, Braque, Marie Laurencin, Fernand Leger et Matisse tout en s’intéressant, aussi, à des artistes américains. A la fin des années 30, en raison des tensions internationales, il commence à disperser sa collection en Angleterre, en Amérique, en Australie… Malgré ces précautions, il lui reste encore de très nombreuses toiles en France lors de l’arrivée des nazis. Parmi celles qui sont volées, dix-sept qui avaient été cachées dans une banque de Libourne, sont saisies par l’ERR suite à une dénonciation.

En 1944, son fils, Alexandre Rosenberg, devenu lieutenant dans les Forces Françaises Libres, commande une troupe qui arrête, au nord de Paris, un train nazi. A l'ouverture des portes, Alexandre Rosenberg reconnaît de nombreuses pièces d'art pillées dans la maison de son père. Cette saisie sauve environ 400 œuvres. D’autres (mais pas toutes) seront récupérées suite à des procès ou des accords passés avec les vendeurs.

Moins connu du grand public, le Hollandais Jacques Goudstikker, né en 1897, est l’un de ceux qui, avant-guerre, fait d’Amsterdam un centre international du commerce d’art. Lui-même collectionne les toiles des maîtres flamands ou de la Renaissance de l’Italie du nord. En mai 40, suite à l’invasion nazie, il fuit son pays et embarque sur un bateau à destination de l’Angleterre, bateau sur lequel il a un accident mortel.
Dans les semaines qui suivent ce décès, près de 800 œuvres parmi les 1 200 que Jacques Goudstikker a laissées derrière lui sont envoyées en Allemagne, principalement chez le pilleur en chef, Hermann Göring. Qui les place dans diverses de ses résidences. Après la guerre, plus de 200 d’entre elles sont retrouvées par les Alliés et remises au gouvernement hollandais, qui ne les rend pas à la veuve du collectionneur. En effet, il faudra attendre février 2006 pour que celles-ci soient finalement restituées.

http://www.actuj.com/2016-05/culture/3579-la-razzia-des-grandes-collections-juives
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