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Dunkerque: pillées par les nazis, sept œuvres sont hébergées au Musée des beaux-arts

1970
1945
La voix du nord 6 April 2015
Par Bruno Verheyde

Ils sont exposés comme les autres œuvres mais ont une singularité légale. Sur leur cartel de présentation, sept tableaux du Musée des beaux-arts de Dunkerque comportent une mention spéciale : MNR (Musées nationaux récupération) qui en font des œuvres uniques.


Sophie Warlop, devant l’une des œuvres confiées au Musée des beaux-arts.

Il y a un an, avec la sortie de son film Monuments Men, George Clooney apportait un éclairage sur un pan méconnu de l’histoire : la spoliation d’œuvres d’art par le régime nazi ou leur acquisition douteuse par quelques profiteurs. À la fin du conflit, nombre de ces œuvres récupérées en Allemagne furent renvoyées dans les pays d’où elles semblaient provenir. Si la majeure partie d’entre elles ont pu être restituées à leurs propriétaires, certaines demeuraient orphelines. Elles ont été confiées à la garde des musées nationaux qui les ont mises en dépôt dans les musées de l’Hexagone. Ceux de la région en hébergent une trentaine, le plus gros contingent étant présent au Musée des beaux-arts de Dunkerque qui en compte sept.

Pourquoi une telle générosité de la Direction des musées nationaux ? Sophie Warlop, conservatrice adjointe des musées de Dunkerque, l’explique par la volonté de l’État de soutenir la reconstruction du musée dunkerquois, renaissant en 1972. « Au début de la guerre, la plupart des œuvres ont été évacuées du musée, situé sur cette même emprise foncière. Mais certaines, volumineuses, ont été détruites. Au début des années 70, quand les œuvres rescapées sont revenues dans ce musée à vocation encyclopédique (fondé dans la première moitié du XIXe siècle), l’État a voulu soutenir cette renaissance. »

Quelles sont ces œuvres et comment les reconnaître lors de la visite au musée ? « Elles n’ont pas été choisies au hasard. L’État nous a confié ces tableaux car ils sont rattachés aux écoles du Nord, flamandes et hollandaises. Elles ont un lien étroit avec les collections du musée. C’est la raison pour laquelle ces œuvres de premier ordre ont toujours été présentées au milieu des collections du MBA. »

Du fait de leur histoire extraordinaire, la conservatrice adjointe leur porte un regard particulier. « Car ce sont des œuvres exceptionnelles. Elles témoignent également de la fragilité du patrimoine. Ces œuvres sont miraculées et il plane sur elles un voile de mystère. Elles étaient forcément accrochées quelque part, dans un salon, une chambre avant d’être pillées, elles étaient objet d’attentions sentimentales… Ces œuvres sont donc un peu à part dans les collections du musée et nous faisons en sorte de les présenter. »

Un départ est-il encore envisageable ? « Cela devient de moins en mois probable, estime Sophie Warlop. Elles sont inventoriées depuis longtemps (près de 70 ans), ont fait l’objet d’une large exposition dès la fin de la guerre. Une demande de restitution est donc improbable mais demeure toujours une éventualité. Ces œuvres n’étant pas propriété du musée nous avons donc un rôle particulier envers elles. »

Plus de 16000 œuvres «orphelines»

Quelques mois avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, une commission de récupération artistique fut créée par le gouvernement provisoire afin de permettre aux personnes spoliées de revendiquer la propriété d’œuvres volées.

À la fin du conflit, 61 233 objets furent restitués à la France. Une partie de ces œuvres fut présentée lors d’une exposition aux Tuileries durant l’été 1946. La majeure partie d’entre elles furent remises à leurs propriétaires.

En mars 1948, les musées suggérèrent que certaines œuvres non restituées (et particulièrement brillantes) fassent l’objet de dispositions particulières. Le décret mettant fin aux activités de la CRA au 31 décembre 1949, créa alors deux commissions destinées à sélectionner les pièces présentant le plus d’intérêt.

Un inventaire destiné aux personnes spoliées

Sur les 16 000 œuvres qui n’avaient pas été restituées, 2 000 furent retenues. Elles furent confiées à la garde des musées nationaux qui les classèrent et les baptisèrent MNR (Musées nationaux récupération). Les 13 000 objets restants, considérés de moindre importance, furent remis à l’administration des Domaines, chargées de les mettre en vente.

Les 2 000 MNR furent présentés de 1950 à 1954 au Musée national du château de Compiègne et inscrits sur un inventaire mis à disposition des personnes spoliées.

Puis une grande partie de ces œuvres fut envoyée en dépôt dans les musées nationaux ou régionaux comme celui de Dunkerque qui en compte sept.

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