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Aurélie Filippetti : « C'est une question de morale»

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Le Figaro 18 March 2013
Par Claire Bommelaer

Aurélie Filippetti.
Aurélie Filippetti. Crédits photo : Sébastien SORIANO/Le Figaro

INTERVIEW - La ministre de la Culture a mis en place un groupe de travail chargé de rendre des œuvres spoliées à leurs propriétaires. Elle revient sur l'importance d'une politique plus volontariste.

À l'initiative de la ministre de la Culture, un groupe de travail va être mis en place afin d'accélérer les restitutions d'œuvres spoliées. Aurélie Filippetti affirme la nécessité d'une politique plus volontariste.

LE FIGARO. - Arrivera-t-on un jour à tourner la page?

Aurélie FILIPPETTI. - Il faut se fixer un objectif clair et, surtout, changer de logique. Jusque-là, on attendait les demandes des ayants droit ou des descendants pour démarrer des procédures de recherches. Je veux engager une démarche proactive dans laquelle la France va engager des moyens pour rechercher les propriétaires, qu'il y ait ou non une demande formelle. Pour la France, c'est une question morale autant que scientifique. L'histoire tragique de ces tableaux fait partie de l'histoire de France mais aussi de l'histoire de l'art.

Quels vont être ces moyens?

Plusieurs fonctionnaires et conservateurs de la direction des musées de France, du Quai d'Orsay et des Archives nationales vont travailler au sein d'une équipe de projet dédiée. Elle s'adjoindra les ressources de la Commission pour l'indemnisation des victimes de spoliations, la CIVS. Études des catalogues, généalogies, recherches dans les archives devraient permettre d'arriver à résoudre au moins le cas de 163 tableaux, clairement identifiés dans des bases de données et entreposés dans des musées. J'attends de la part du groupe de travail un premier point d'étape fin 2013 et un rapport définitif en 2014. En attendant, tous les MNR exposés dans les musées devront comporter un cartel d'explication. Cela va permettre de sensibiliser le public mais aussi, peut-être, de susciter des recherches de la part d'ayants droit.

Après avoir fait un effort dans les années 1950, la France a traîné pour rechercher les propriétaires de biens juifs spoliés. Pourquoi?

Beaucoup a été fait dans l'après-guerre, puis dans les années 1950. Sur 60.000 objets rapatriés d'Allemagne en France, 45.000 ont été alors restitués. Ensuite, le temps a passé. La commission Mattéoli ainsi que la diffusion des données grâce à Internet ont redonné un coup d'accélérateur; depuis, nous n'avons pas relâché les efforts. Il faut comprendre que ces recherches ne souffrent aucune erreur. On doit prendre son temps, vérifier. Le nombre de personnes ayant vu ou connu les œuvres en situation, c'est-à-dire dans les familles, est de plus en plus réduit. On a largement affaire aujourd'hui aux descendants ou aux ayants droit.

Des maisons de vente ont mis aux enchères des tableaux volés à des familles juives. Font-elles vraiment tout pour chercher les origines des biens?

Je n'ai aucune raison d'en douter. Elles ont renforcé leurs règles déontologiques. Le travail de la commission viendra en appui du leur. Évidemment, s'il y avait un cas litigieux, je m'engagerais à tout faire pour qu'il soit réglé.

http://www.lefigaro.fr/culture/2013/03/18/03004-20130318ARTFIG00351-aurelie-filippetti-c-est-une-question-de-morale.php
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