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Une toile spoliée quitte la Chaux-de-Fonds après un long combat

1970
1945
Tribune de Genève 29 September 2017

Un tableau de Constable exposé au Musée des Beaux-Arts depuis trente ans sera rendu aux héritiers d'une famille juive.


Le peintre romantique britannique John Constable a peint «La Vallée de la Stour» dans les années 1820. La valeur du tableau est estimé à un million de francs. Image: DR

L’affaire du tableau spolié La vallée de la Stour a connu son épilogue à La Chaux-de-Fonds. Jeudi soir, le Conseil général a suivi l’Exécutif en acceptant de restituer cette œuvre du peintre britannique John Constable aux descendants d’une famille juive de Nice. Ces derniers se battent depuis dix ans pour récupérer cette huile confisquée sous le régime de Vichy, d’une valeur estimée à 1 million de francs. Une fois les délais de recours échus, la pièce va quitter l’enceinte du Musée des beaux-arts de la ville, où elle est exposée depuis trente ans.

Pour les autorités, cette issue est un soulagement. Elles s’évitent une longue et coûteuse bataille judiciaire qui promettait de rouvrir les pages les plus sombres de l’Histoire sous l’œil des médias du monde entier.

Heureux dénouement

Les héritiers, eux, sont particulièrement heureux du dénouement, relate leur avocat, le Genevois Marc-André Renold. Depuis une décennie, l’un des descendants, Alain Monteagle, consacre passablement d’efforts à recomposer la collection de sa famille spoliée par les nazis. Et si les négociations ont été fructueuses avec de grandes institutions françaises ou américaines, le Musée de La Chaux-de-Fonds lui a donné du fil à retordre.

En 1943, après la mort d’Anna Jaffé, le Commissariat aux affaires juives confisque ses œuvres. La vallée de la Stour est vendu aux enchères et atterrit dans une galerie genevoise. En 1946, René et Madeleine Junod l’achètent. A son décès, quarante ans plus tard, La Chaux-de-Fonnière lègue 30 tableaux à sa Ville à condition que les pièces soient toujours exposées ensemble. Constable se retrouve accroché au Musée des beaux-arts de la Métropole horlogère.

En 2006, Alain Monteagle remonte la trace du tableau. Fort de deux avis de droit, l’Exécutif refuse en 2009 toute restitution ou indemnisation et souligne que les Junod lors de l’acquisition et les autorités ne connaissaient par l’origine de l’œuvre. Il décide tout de même d’apposer une plaque à côté du tableau mentionnant que celui appartenait à Anna Jaffé. C’est loin d’être suffisant aux yeux de ses héritiers. Ces derniers saisissent la justice en 2016.

«Une épine dans le pied»

Ignorées dans un premier temps, les considérations éthiques finissent par s’imposer. Au terme d’une procédure de conciliation d’un an et demi, les deux parties trouvent un terrain d’entente. «D’un point de vue moral, nous devions rendre l’œuvre, mais il nous fallait aussi respecter la volonté des légataires. La solution trouvée est juste et équitable, et elle permet de respecter la mémoire de chacun», affirme le conseiller communal responsable de la Culture, Théo Bregnard. Lors d’un procès, les descendants auraient cherché à prouver que les Junod et les autorités avaient manqué à leur devoir de diligence lors de l’achat de l’œuvre.

En échange de la restitution, les héritiers ont accepté de verser une indemnité symbolique de 80'000 euros (91'500 francs) en signe de reconnaissance de la bonne foi des autorités communales et des donateurs. C’est aussi une compensation pour les frais de restauration et de conservation de l’œuvre. «Cette décision est exemplaire, salue Marc-André Renold. Le Congrès juif mondial suivait avec attention cette affaire, qu’elle considérait comme une épine dans le pied de la Suisse.»



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